Le long de l'Anneau du Kerry, les falaises dominent des plages où galets moussus et sable doré se mêlent sous les vents salés. Là, les algues brillent sur les rochers, et la lumière révèle un littoral aussi sauvage que somptueux. © Agnès Bugin - Tous droits réservés Puis vient Moll's Gap, où le granit brut s'impose, majestueux et sauvage.
Le paysage devient plus minéral, presque dramatique. La lande se fait théâtre, les courbes de la route tracent des lignes dans le silence. Là, une halte à Avoca Moll's Café s'impose, simple et réconfortante. Derrière les grandes baies vitrées, le monde semble ralentir.
L'odeur du pain chaud, le velouté d'un thé au lait, la lumière rasante qui joue sur les tables... tout invite à la pause, à la contemplation. L'île monastique, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, semble flotter entre ciel et mer, perchée dans un ailleurs presque irréel. Là, des moines s'isolèrent jadis du monde, bâtissant leurs cellules de pierre au sommet de falaises abruptes, battues par les vents. On dit que le silence y est plus profond qu'ailleurs, que le ciel y semble plus vaste.
Mais ce lieu mystique, perdu dans l'Atlantique, restera pour moi un mirage. Le jour de mon passage, la mer était trop mauvaise pour s'y aventurer. Les embarcations sont restées à quai, retenues par les caprices du large. Alors j'ai contemplé l'île depuis la côte, comme on regarde un rêve qu'on ne pourra pas atteindre -- une invitation remise, peut-être, à un prochain voyage.
À mesure que s'éloigne l'Anneau de Kerry, le regard se tourne vers le nord, vers une terre plus âpre, plus silencieuse, où les montagnes semblent veiller sur les hommes et les lacs parler aux nuages. Le Connemara approche, et avec lui une nouvelle escale -- deuxième volet de ce carnet -- là où la lande se teinte de tourbe et d'or, où la langue gaélique flotte encore dans l'air comme une prière ancienne, et où la musique, surgie d'un violon ou d'un « uilleann pipe » (cornemuse irlandaise), semble raconter ce que les mots ne savent plus dire.