Et si un comprimé que de nombreux seniors avalent déjà chaque matin pouvait, en plus de faire baisser la tension, ralentir certains mécanismes du vieillissement ? C’est la piste ouverte par la rilménidine, un médicament contre l’hypertension commercialisé depuis près de trente ans (Hyperium, Texanum, Albarel, Iterium). Une étude publiée en 2023 dans la revue scientifique Aging Cell suggère que cette molécule imite les effets de la restriction calorique et prolonge la vie d’animaux de laboratoire. Dans ces travaux menés par le biogérontologue João Pedro Magalhães à l’Université de Birmingham, des vers et des souris exposés à la rilménidine ont vécu plus longtemps et montré des marqueurs de santé plus favorables, même lorsque le traitement commençait tard dans leur existence.

De quoi nourrir l’idée que, chez l’humain, un démarrage après 60 ans pourrait encore être utile. Mais pour l’instant, les preuves restent limitées aux modèles animaux, et la tentation de parler de "pilule anti-âge" doit être sévèrement tempérée. Passé 60 ans, l’hypertension artérielle devient la norme plus que l’exception : environ un adulte sur trois serait concerné en France, et la pression trop élevée contribuerait à près de 10 millions de décès par an dans le monde. Infarctus, AVC, insuffisance cardiaque mais aussi déclin cognitif se multiplient quand les artères se fragilisent.

Dans ce contexte, tout traitement capable à la fois de contrôler la tension et de toucher aux voies biologiques du vieillissement attire l’attention. La rilménidine est un antihypertenseur dit agoniste des récepteurs à l’imidazoline I1. Elle se prend par voie orale, souvent à raison de 1 mg par jour, et son profil de tolérance est jugé globalement bon : les effets indésirables rapportés sont surtout une somnolence, des vertiges, une bouche sèche, parfois des palpitations ou des troubles digestifs modérés. Son usage courant chez les personnes âgées en fait une candidate idéale pour tester, à terme, une éventuelle action "anti-âge".

Dans le modèle de ver Caenorhabditis elegans, très utilisé en recherche sur la longévité, la rilménidine a augmenté la durée de vie d’environ 20 %, voire jusqu’à 30 % selon les protocoles, tout en améliorant la résistance au stress thermique et en réduisant des agrégats protéiques toxiques. Fait marquant, le bénéfice restait présent quand le traitement était initié plus tard dans la vie du ver. "Pour la première fois, nous avons pu montrer sur des animaux que la rilménidine peut augmenter la durée de vie", a indiqué João Pedro Magalhães. Le médicament agit en se liant à un récepteur clé, nish-1, sans lequel l’effet sur la longévité disparaît. Chez la souris, l’équipe a observé dans le foie et les reins un profil d’expression génique très proche de celui induit par une restriction calorique de longue durée, stratégie connue pour prolonger la vie de nombreuses espèces.

Des marqueurs métaboliques sanguins se sont rapprochés de valeurs plus "jeunes". Les chercheurs ont aussi mis en évidence une hausse de l’autophagie, ce système de "nettoyage" interne qui recycle les composants abîmés des cellules. "Avec une population mondiale vieillissante, les bénéfices d’un simple retard du vieillissement, même léger, sont immenses", a résumé le scientifique. Pour l’instant, aucun essai clinique n’a montré que la rilménidine prolonge la vie humaine ou retarde les maladies liées à l’âge.

Les effets observés sur le vieillissement concernent uniquement des vers et des souris. Les prochains essais, rendus plus simples par le fait que la molécule est déjà autorisée contre l’hypertension, devraient d’abord mesurer des biomarqueurs comme l’inflammation, la sensibilité à l’insuline ou la force musculaire, avant d’envisager un impact sur la durée de vie elle-même. Le vieillissement n’étant pas reconnu comme une maladie, il est peu probable qu’une indication officielle "anti-âge" apparaisse rapidement sur les boîtes d’Hyperium ou d’Iterium. Concrètement, pour une personne hypertendue de plus de 60 ans, cette découverte signifie surtout qu’un traitement déjà prescrit pourrait, un jour, se voir attribuer un bénéfice supplémentaire.

En attendant, trois réflexes restent prioritaires :