Les épisodes de canicule surviennent de plus en plus tôt dans l’année et les températures extrêmes deviennent un défi de santé publique. Mais lorsque l’on est enceinte, la chaleur est encore plus difficile à supporter. Quels sont les risques pour la mère et le bébé ? La réponse d’une sage-femme.

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Fatigue plus importante, jambes lourdes, sensation d’étouffer… Pendant la grossesse, les fortes chaleurs sont souvent éprouvantes. Les modifications physiologiques liées à la grossesse rendent en effet l’organisme plus sensible aux températures élevées et augmentent le risque de déshydratation. Ce n’est pas nouveau : les femmes enceintes ont souvent l’impression d’avoir chaud. Et cela s’explique : « Pendant la grossesse, la température corporelle peut être légèrement plus élevée, le cœur travaille différemment, la circulation sanguine est modifiée, la déshydratation peut arriver plus vite et les jambes sont lourdes », explique Éloïse Lequet, sage femme.

C’est pour assurer le développement du bébé que le volume sanguin augmente et que le cœur doit fournir davantage d’efforts. Les besoins en eau sont également plus importants. Le corps doit travailler davantage pour maintenir une température stable et c’est encore pire lorsque le thermomètre grimpe. Lorsque les températures s’envolent, certains symptômes déjà fréquents pendant la grossesse peuvent s’intensifier.

La chaleur peut favoriser la déshydratation, les sensations de malaises, les jambes lourdes et les œdèmes, la fatigue, les maux de tête ou encore les contractions. Sous l’effet de la chaleur, les vaisseaux sanguins se dilatent, ce qui favorise la stagnation du sang dans les membres inférieurs et explique les gonflements. La sage-femme ajoute que « la chaleur peut aussi aggraver une hypertension artérielle ou un inconfort respiratoire », ajoute la spécialiste. Le premier trimestre de grossesse est souvent marqué par les nausées, qui apparaissent généralement entre la 4e et la 6e semaine de grossesse. Chez certaines femmes, les fortes chaleurs peuvent accentuer cet inconfort par l’effet de la déshydratation et de la fatigue. Les odeurs, souvent moins bien tolérées en début de grossesse, peuvent également sembler plus intenses lorsque les températures augmentent.

Pour limiter les symptômes, il est conseillé de boire régulièrement par petites quantités tout au long de la journée et de privilégier des repas légers et fractionnés. Des méthodes naturelles comme le gingembre, l’acupuncture ou l’acupression peuvent aussi être très efficaces. À partir du deuxième trimestre, et notamment autour du 4e mois de grossesse, de nombreuses femmes rapportent une sensation de chaleur plus importante ou de véritables bouffées de chaleur. Ce phénomène s’explique par les modifications hormonales pour répondre aux besoins du bébé.

Pour mieux supporter ces épisodes, il est recommandé de : En cas de bouffées de chaleur associées à une fièvre, un malaise important ou des signes de déshydratation, un avis médical est nécessaire. Pendant la grossesse, il faut aussi se méfier du soleil surtout lorsqu’il tape. La peau devient plus sensible sous l’effet des hormones.

Une exposition excessive au soleil peut favoriser l’apparition ou l’aggravation du masque de grossesse, également appelé mélasma, qui se traduit par des taches brunes sur le visage. « Il est recommandé de porter un chapeau, des lunettes de soleil et de mettre de la crème solaire en cas d’exposition », rappelle Éloïse Lequet. Dans la majorité des cas, une femme enceinte qui s’hydrate suffisament et qui est attentive aux signaux de son corps traversera la canicule sans complication particulière. « En revanche, une déshydratation maternelle importante peut avoir des conséquences indirectes sur le bébé », souligne Éloïse Lequet. Au-delà des effets immédiats de la chaleur sur la grossesse, plusieurs travaux récents (sources 1 et 2) suggèrent que les épisodes caniculaires pourraient également avoir des conséquences sur le développement du bébé.

Des chercheurs de l’Inserm, du CNRS, de l’Université Grenoble Alpes et de Santé publique France ont ainsi observé, dans deux études menées auprès de plusieurs dizaines de milliers de femmes enceintes françaises, que l’exposition à des températures élevées pendant certaines périodes clés de la grossesse était associée à différents effets sur l’enfant. Une exposition à la chaleur au cours du deuxième trimestre a notamment été associée à une diminution des capacités langagières à l’âge de deux ans, tandis que des températures élevées durant les premiers mois de grossesse semblaient favoriser un poids de naissance plus faible. Ces résultats, qui nécessitent encore d’être confirmés, s’ajoutent aux données déjà connues reliant les vagues de chaleur à un risque accru de prématurité, de faible poids de naissance ou de mortinatalité. Ils soulignent surtout l’importance de protéger les femmes enceintes lors des épisodes de fortes chaleurs, dans un contexte où les canicules deviennent plus fréquentes et plus intenses.

Si les fortes chaleurs peuvent favoriser l’apparition de contractions (notamment en cas de déshydratation), cela ne signifie pas qu’une canicule déclenchera automatiquement le travail. Lorsque celles-ci deviennent régulières, douloureuses ou s’accompagnent d’autres signes comme une perte de liquide ou des saignements, une consultation rapide est nécessaire. La grossesse n’empêche pas de travailler pendant les épisodes de fortes chaleurs. Si les conditions de travail deviennent difficiles à supporter, il est recommandé d’en parler rapidement à son médecin, sa sage-femme ou son médecin du travail.

Un arrêt de travail peut être envisagé si la chaleur est mal tolérée, s’il y a des contractions, des malaises ou une déshydratation… Il n’existe pas en France de règle imposant automatiquement un arrêt de travail à partir d’un certain niveau de température ou d’une alerte canicule. En revanche, l’employeur a une obligation de protection de la santé des salariés, y compris des salariées enceintes. Selon les conditions de travail, des adaptations peuvent être nécessaires (accès à de l’eau fraîche, pauses plus fréquentes, aménagement des horaires, réduction des efforts physiques, accès à des locaux climatisés ou rafraîchis, télétravail lorsque cela est possible).

Il faut aussi adapter en fonction de l’activité professionnelle. Un arrêt de travail peut être envisagé si la chaleur est mal tolérée, s’il y a des contractions, des malaises ou une déshydratation, si le poste expose à des températures élevées ou à des efforts physiques importants ou encore si la grossesse est à risque… Un aménagement temporaire du poste peut être organisé. Les nuits chaudes sont souvent l’un des aspects les plus difficiles de la canicule pendant la grossesse. La chaleur peut accentuer les troubles du sommeil déjà fréquents au troisième trimestre et majorer la fatigue.

Pour favoriser l’endormissement, il est conseillé : « La fatigue ou le besoin de ralentir pendant une canicule sont fréquents pendant la grossesse. Le plus important est d’écouter son corps et de se reposer davantage si nécessaire », rappelle Éloïse Lequet. Contrairement à une idée reçue, il n’existe pas de température extérieure précise au-delà de laquelle une femme enceinte ne devrait plus sortir. Le principal danger est en réalité l’augmentation excessive de la température corporelle et la déshydratation. Plus les températures sont élevées, plus il est important d’adopter des mesures de protection.

En pratique, lorsqu’il fait plus de 30 – 35 °C, une femme enceinte doit être particulièrement attentive aux signes d’intolérance (soif importante, étourdissements, palpitations, mouvements du fœtus ou contractions…). Ces signes justifient de se mettre au frais, de s’hydrater et, si les symptômes persistent ou sont importants, de consulter rapidement. Certains symptômes doivent amener à contacter rapidement un médecin, sage femme ou une maternité : « Il faut être attentive aux contractions ou à une diminution des mouvements du bébé », avertit Éloïse Lequet. Selon elle, certains signes doivent pousser à consulter en urgence : En période de canicule, le risque de coup de chaleur ou d’insolation est plus élevé chez les femmes enceintes. Lorsque l’organisme n’arrive plus à évacuer suffisamment la chaleur, la température corporelle peut augmenter dangereusement.

Source 1 : « L’exposition à des températures élevées au début de la vie pourrait être à l’origine de troubles linguistiques et neurodéveloppementaux chez les jeunes enfants », 7 mai 2025, Inserm Source 2 : Petit poids de naissance : l’impact de l’exposition à la chaleur serait renforcé par les facteurs environnementaux et socio-économiques, 24 février 2026, Inserm.