Pris chaque matin comme un geste santé, des compléments présentés comme protecteurs du cœur pourraient en réalité augmenter légèrement le risque d'AVC, selon une vaste étude britannique publiée dans la revue BMJ Medicine. Les chercheurs y ont analysé les habitudes de près de 415 737 adultes suivis plus de dix ans dans la base de données UK Biobank, pour comprendre le lien entre supplémentation, troubles du rythme cardiaque et accidents vasculaires. Au centre de ces travaux, on trouve les compléments à l'huile de poisson riches en oméga‑3, consommés régulièrement par près d'un tiers des participants. Chez les personnes sans maladie cardiovasculaire connue au départ, les auteurs ont observé une hausse de 13 % du risque de fibrillation auriculaire et de 5 % du risque d'AVC chez les utilisateurs réguliers, par rapport à ceux qui n'en prenaient pas.
L'étude publiée dans BMJ Medicine décrit un suivi médian d'environ douze ans de 415 737 personnes âgées de 40 à 69 ans. Chez les volontaires sans antécédent cardiaque, l'usage régulier de compléments d'huile de poisson était lié à un risque de fibrillation auriculaire augmenté de 13 % et à un risque d'AVC augmenté de 5 %. Les auteurs de l'étude écrivent dans BMJ Medicine : "L'utilisation régulière de compléments d'huile de poisson pourrait être un facteur de risque de fibrillation auriculaire et d'AVC dans la population générale". Ils estiment que ces compléments peuvent jouer des rôles différents selon le profil cardiovasculaire, et appellent à de nouvelles recherches pour comprendre ces mécanismes.
Dans cette cohorte de UK Biobank, l'équipe a aussi observé des effets différents chez les personnes déjà malades du cœur au début du suivi. Chez celles qui présentaient une pathologie cardiovasculaire, l'usage régulier de compléments d'huile de poisson était associé à une baisse de 15 % du risque de passer d'une fibrillation auriculaire à un infarctus du myocarde et à une baisse de 9 % du risque d'évolution d'une insuffisance cardiaque vers le décès. La fibrillation auriculaire correspond à un rythme cardiaque irrégulier qui favorise la formation de caillots ; ces caillots peuvent ensuite migrer vers le cerveau et provoquer un AVC. Même une hausse relative de 5 % du risque peut donc peser lourd quand des millions de personnes avalent chaque jour des gélules d'oméga‑3.
Ce signal rejoint les alertes de l'Agence nationale de sécurité du médicament et du comité PRAC européen, qui décrivent un risque accru et dose‑dépendant de fibrillation auriculaire avec les médicaments à base d'esters éthyliques d'acides oméga‑3. Les grandes méta‑analyses, comme celles de la collaboration Cochrane, décrivent peu ou pas d'effet des compléments d'oméga‑3 sur la mortalité ou les événements cardiovasculaires majeurs chez les personnes sans antécédent. Selon la British Heart Foundation, il ne faut pas paniquer. La diététicienne Tracy Parker déclare : "Ces recherches ne devraient pas inquiéter les personnes qui prennent régulièrement des compléments d'huile de poisson, mais ce n'est pas non plus un feu vert pour commencer à en prendre pour prévenir les maladies du cœur et de la circulation".