Cela le plus grand rassemblement du genre dans l’histoire de la FIFA. Pour la première fois, la Coupe du monde de football, qui s’ouvre ce jeudi 11 juin, est organisée conjointement par les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Pour la première fois, elle réunira 48 équipes au lieu de 32 précédemment. Le match d’ouverture opposera le Mexique à l’Afrique du Sud et aura lieu au Stade Azteca de Mexico (Mexique), à 21 heures, heure française.
Si cet évènement d’une ampleur inédite réjouit les supporters, elle ravit moins les autorités sanitaires, assez inquiètes des maladies qui pourraient se propager à l’occasion. L’un des virus le plus susceptibles de se répandre est notamment celui de la rougeole, éruption cutanée extrêmement contagieuse et à l’origine de nombre d’épidémies dans les trois pays hôtes. A Kansas City, ville où se dérouleront plusieurs matchs, le virus a déjà été détecté dans les eaux usées, ce qui indique une possible circulation active. « Je ne serais pas surpris de voir une épidémie de rougeole liée à la Coupe du monde. Les foules constituent un terrain propice à la propagation du virus de la rougeole », déclare ainsi Andrew Pekosz, virologue à l'École de santé publique Bloomberg de l'Université Johns Hopkins (Etats-Unis) au média NBC News.
La Coupe du monde prendra fin le 19 juillet. Sachant que la période d’incubation peut durer jusqu’à trois semaines, il est possible que des supporters étrangers rentrent dans leur pays d’origine en ayant été exposés au virus sans le savoir pendant leur voyage. « La rougeole est une maladie sournoise. Il est possible que des personnes viennent ici pour la Coupe du monde et soient exposées au virus, mais qu'elles ne rentrent pas forcément chez elles avant d'être malades », alerte le Dr Marcus Plescia, directeur du Conseil de santé du comté de Fulton (Géorgie) Mais bien évidemment, les autorités sanitaires sont sur le coup.
L’Organisation panaméricaine de la santé exhorte les villes hôtes à renforcer leur surveillance et des stocks de vaccins et d’immunoglobines ont été commandés afin de faire face. « J'ai expressément demandé à mon personnel d'élaborer un plan d'action en cas d'épidémie de rougeole », explique le Dr Plescia, assurant préparer son équipe à divers scénarios depuis plusieurs mois. Autres maladies inquiétant les professionnels de santé : les gastro-entérites types norovirus et rotavirus, qui peuvent se propager via des aliments contaminés et avariés. « Les agences de santé publique des villes hôtes de la Coupe du monde sont chargées de veiller à ce que tous les aliments servis le soient dans des conditions d'hygiène optimales », assure Plescia, dont l’équipe inspecte quotidiennement les vendeurs ambulants et les food-trucks. En outre, plus de 30 personnes ont la charge de contrôler les niveaux de pollution des eaux usées et d’aider les autorités sanitaires locales à assurer le suivi.
Environ 170 autres seront sollicités si les Etats ont besoin d’aide en cas d’épidémie ou autre. Il y a peu, l'université de Georgetown et MedStar Health à Washington, D.C., ont lancé, chacun de leur côté, un centre d'opérations de sécurité sanitaire pour collecter et analyser des données sanitaires liées aux matchs de la Coupe du monde à l'échelle nationale. « Si, soudainement, un groupe de personnes se présente aux urgences avec des nausées, des vomissements et de la diarrhée, il faudrait chercher à savoir si l'on peut coordonner ces données avec celles des eaux usées qui démontreraient, par exemple, une épidémie de norovirus », explique le Dr Ethan Booker, médecin-chef de la télémédecine chez MedStar Health et vice-président de l'innovation en matière de soins à l'Institut MedStar pour l'innovation. Bien qu’aux Etats-Unis, les cas de grippe et de Covid-19 soient actuellement peu fréquents en raison de la saison estivale, certains supporters ou joueurs viendront de l’hémisphère sud.
Aussi, il est « fort probable », que « nous observions des infections respiratoires inhabituelles pour la saison », alerte Andrew Pekosz. Ces personnes pourraient aussi véhiculer des maladies rares dans les 'Pays du Nord' telles que la dengue ou le paludisme, pathologies pour lesquelles, « le diagnostic peut prendre un peu plus de temps ». « Par conséquent, la prise en charge n'est pas aussi rapide que dans le pays d'origine du patient », prévient-il. Concernant Ebola, qui ravage actuellement la République démocratique du Congo, le risque de propagation lors de la Coupe du monde est faible, assurent les experts. Non seulement les passagers en provenance des zones affectées sont contrôlés mais en plus la transmission de la maladie ne se fait pas par voie respiratoire.
Il faut être en contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée. Le personnel soignant et les aidants sont donc les plus à risque. Pour finir, les infections sexuellement transmissibles sont elles aussi surveillées de près. Il est en effet bien connu que dans des contextes de voyage, de vacances ou de gros évènements festifs, les gens ont plus tendance à faire l’amour sans protection.
C’est pourquoi, bien que de nombreuses mesures de surveillance aient été mises en place, la Coupe du monde est aussi une affaire de responsabilité individuelle. Si vous avez prévu d’assister à des matchs, assurez-vous d’avoir tous vos vaccins à jour avant de voyager (les autorités sanitaires recommandent de s’être fait vacciner en amont contrer la rougeole-oreillons-rubéole, la grippe et le Covid). Portez un masque en cas de symptômes de maladie ou dans les lieux bondés, lavez-vous régulièrement les mains (n’oubliez pas votre gel hydroalcoolique), utilisez un répulsif anti-moustique, évitez les rapports sexuels non protégés et consultez au plus vite en cas de fièvre, d’éruption cutanée, de diarrhée ou de troubles respiratoires. Enfin, bien que les autorités sanitaires appellent à la prudence, inutile de céder à la panique pour autant : le Centre pour la science et la sécurité sanitaire mondiale de l'Université de Georgetown suivra les données de mobilité des supporters et publiera des rapports de situations réguliers ainsi qu’un compte rendu quotidien à disposition du public.
« Je veux que les gens viennent aux États-Unis, qu'ils s'éclatent, qu'ils soutiennent leurs équipes et qu'ils ressentent ce sentiment d'appartenance à une communauté. Si nous faisons bien notre travail, les gens ne s'en rendent pas compte, et ce sera comme une réussite », conclut le Dr Booker.